Projets / Villa Frederick-James
Une opération de sauvetage exemplaire, au cœur d’un paysage naturel d’exception.
Réalisée entre 2022 et 2024, nos interventions se sont sont déployées en trois temps : déplacement de la villa, construction d’une nouvelle fondation habitable, puis réhabilitation complète.
Sauver un patrimoine face à l’érosion
Construite à la fin du XIXe siècle pour le peintre américain Frederick James, la villa se dresse sur la spectaculaire pointe du Cap Canon, face au rocher Percé. Un site exceptionnel, mais exposé à une menace constante : l’érosion de la falaise et les failles géologiques sous-jacentes.
Dans les années 1990, la villa a fait l’objet de deux campagnes de restauration qui ont permis de préserver sa valeur architecturale, sans toutefois la protéger durablement de la fragilité du site sur lequel elle repose.
En 2021, le gouvernement du Québec reprend possession de ce joyau patrimonial et amorce un ambitieux projet de requalification afin d’en assurer la pérennité.
La villa, sur son emplacement original du Cap Canon.
1898 cWilliam Hagerty, Musée McCord
Objectifs et défis
À la suite de l’acquisition de la villa par le Gouvernement du Québec en 2021, un projet de réhabilitation a été lancé avec trois objectifs :
– Préserver la villa en la déplaçant loin de la falaise;
– Mettre en valeur le bâtiment historique en conservant et restaurant ses diverses composantes;
– Donner au lieu une vocation publique afin que la communauté locale et les visiteurs puissent se l’approprier et le visiter toute l’année.
Le caractère iconique de la villa dans le paysage de Percé réside dans ses qualités, qui en font à la fois un point d’observation exceptionnel et un repère depuis la mer, la grève, le quai, la route et la montagne. L’approche architecturale vise ainsi à préserver la perception actuelle de la villa dans le paysage. Elle cherche également à maintenir la prédominance du bâtiment historique par rapport à son agrandissement, nécessaire pour répondre aux nouvelles fonctions.
Deux déplacements précis et maîtrisés ont permis de sauver la villa : 13 mètres vers le nord, puis 10 mètres transversalement, sans altérer sa structure.
Le déplacement
Avant d’être réhabilitée, la villa Frederick-James a dû être déplacée pour échapper à l’érosion de la falaise. Ce processus complexe a nécessité une documentation minutieuse de l’édifice, faute de plans originaux, afin d’en préserver chaque détail. Après des travaux préparatoires délicats, la villa a été déplacée en deux temps sur une structure d’acier, avec une précision remarquable malgré les conditions météorologiques difficiles. L’opération a permis de conserver son rôle emblématique dans le paysage de Percé, tout en intégrant discrètement une nouvelle fondation habitable sous l’édifice. La nouvelle position de la villa, à une vingtaine de mètres de son emplacement d’origine, préserve son orientation ainsi que la hauteur de son faîte.
Intervention architecturale
Le programme muséal développé par le Musée de la Civilisation du Québec et le Ministère de la Culture et des Communications, visant à conférer au lieu un usage public avec une occupation permanente, s’avérait très ambitieux pour le bâtiment.
Afin de doter le site et la villa d’un parcours accessible à tous depuis la rue du Mont-Joli, le chemin escarpé a été reconfiguré pour desservir de plain-pied les espaces d’accueil du musée, situés dans les nouvelles fondations, au niveau du rez-de-jardin. Ces interventions paysagères permettent également de concilier le déplacement de la villa avec la préservation des caractéristiques naturelles du site.
L’accès aux espaces d’accueil et d’exposition, situés dans le nouvel étage en rez-de-jardin, se fait à mi-chemin de l’ascension depuis le chemin du Mont-Joli vers le sommet du cap. L’entrée, précédée d’un espace de rencontre extérieur, offre une vue imprenable sur le célèbre rocher Percé.
Amélioration de l’efficacité énergétique du bâtiment
Le nouvel usage muséal et l’exigence de rendre la villa habitable en toute saison ont nécessité de modifier son enveloppe pour qu’elle soit performante en présence de chauffage et de ventilation mécanique, tout en s’assurant de ne pas créer de conditions néfastes à long terme pour les différentes composantes du bâtiment et en conservant l’aspect et les proportions de ses nombreux détails architecturaux.
Les espaces domestiques et de création de la villa, au rez-de-chaussée et à l’étage, ont été restaurés en intégrant les services électromécaniques requis pour répondre aux nouveaux besoins fonctionnels des lieux. Dix puits géothermiques creusés à l’ouest de la villa fournissent une partie de l’énergie nécessaire pour chauffer, ventiler et refroidir les espaces du rez-de-jardin. Les systèmes de protection incendie, de ventilation et de climatisation ont été installés en prenant soin de les camoufler ou d’en atténuer le plus possible la présence, grâce à une recomposition minutieuse des différents détails d’assemblage des finis intérieurs.
Réhabiliter le patrimoine dans un climat en mutation
Le projet de réhabilitation de la villa Frederick-James en espace public habitable en toutes saisons suscite une réflexion sur la pérennité du patrimoine bâti par rapport aux cycles de transformation de la nature, intensifiés par les changements climatiques. La conservation du patrimoine culturel rappelle l’importance d’une utilisation raisonnée des ressources et reconnaît la grande valeur des savoir-faire hérités qui permettent cette économie, ainsi que l’expertise inestimable des artisans-ouvriers, gardiens du patrimoine immatériel que constituent ces connaissances techniques. Cette compétence d’édifier participe à la définition de notre culture et constitue un socle sur lequel l’architecture québécoise peut s’appuyer pour prendre son élan. C’est dans cet esprit que nous avons imaginé et développé ce projet.